Corne de l'Afrique : 30% du trafic de conteneurs en péril à Bab-el-Mandeb
Au-delà des clichés, la Corne de l'Afrique joue un rôle stratégique sous-estimé dans les échanges internationaux. Son détroit de Bab-el-Mandeb est un passage obligé pour une part considérable du trafic maritime mondial.
La mer Rouge : un goulot d’étranglement mondial en crise
La Corne de l’Afrique est un goulot d’étranglement crucial pour le commerce mondial. Bien que souvent associée aux conflits ou à la famine, cette région revêt une importance internationale considérable.
Elle abrite le détroit de Bab-el-Mandeb. Ce passage étroit relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien. Environ 12 % du commerce mondial transite par ce détroit. Selon l’U.S. Energy Information Administration, 30 % du trafic mondial de conteneurs utilise également cette route. Cela rend la Corne de l’Afrique vitale pour la sécurité et le commerce mondiaux.
La puissance cachée de la Corne
La Corne de l’Afrique comprend l’Érythrée, Djibouti, l’Éthiopie et la Somalie. Ces nations contrôlent l’accès à l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde, un enjeu majeur pour la sécurité et le commerce mondiaux. Beaucoup de gens se concentrent uniquement sur les problèmes internes de la région. Ils négligent souvent les intenses rivalités de pouvoir qui s’y déroulent.
L’Éthiopie est un géant régional enclavé, forte de plus de 120 millions d’habitants. Le Premier ministre Abiy Ahmed vise la croissance économique et l’accès à la mer. Il qualifie cela de « question existentielle » pour son pays.
L’Érythrée, dirigée par le président Isaias Afwerki, est un État fortement centralisé. Elle entretient une armée importante. L’Érythrée a une longue et difficile histoire avec l’Éthiopie. Marquée notamment par une guerre frontalière dévastatrice.
Djibouti est une petite nation stable. Elle abrite d’importantes bases militaires étrangères. On y trouve notamment celles des États-Unis (Camp Lemonnier) et de la Chine (Base navale de Djibouti). Sa situation attire les puissances internationales.
La Somalie affronte le groupe militant islamiste Al-Shabaab. Son gouvernement fédéral de Somalie (GFS) peine à exercer un contrôle total. Le Somaliland s’est déclaré indépendant de la Somalie en 1991. Il s’autogère depuis lors.
Pendant des années, Djibouti a été le principal port de l’Éthiopie. La Somalie est restée fragmentée, aux prises avec des rebelles. L’Érythrée était principalement isolée. La politique intérieure de l’Éthiopie, en particulier le fédéralisme ethnique, a provoqué des tensions.
La quête éthiopienne d’un accès à la mer
Le 1er janvier 2024, l’Éthiopie a signé un protocole d’accord (MoU) avec le Somaliland. Cet accord transformera en profondeur l’équilibre des pouvoirs régionaux. Il octroie à l’Éthiopie un bail de 20 kilomètres de côtes autour du port de Berbera pour 50 ans.
Le port de Berbera au Somaliland devrait devenir un hub crucial pour l'économie éthiopienne suite à la signature d'un récent protocole d'accord accordant à l'Éthiopie un accès à 20 kilomètres de côtes pendant 50 ans, dans le but d'assurer un accès maritime vital à la nation enclavée. (Source : consultancy.africa)
En retour, l’Éthiopie deviendrait la première nation à reconnaître officiellement le Somaliland. L’accord accorde également à l’Éthiopie une participation partielle dans le port de Berbera au Somaliland, a rapporté Reuters. C’est un moment historique.
L’Éthiopie a perdu son littoral de la mer Rouge en 1993 lorsque l’Érythrée a obtenu son indépendance. Son enclavement coûte à l’Éthiopie plus de 1,5 milliard de dollars par an en frais portuaires. C’est ce qu’indique un communiqué de 2023 du bureau du Premier ministre Abiy Ahmed. Imaginez une grande entreprise qui dépend entièrement d’un fournisseur coûteux pour ses expéditions. L’Éthiopie veut son propre hub logistique. Elle vise à obtenir davantage de points d’accès, pour ne plus dépendre d’un seul port.
Le Premier ministre Abiy Ahmed a déclaré en octobre 2023 que l’accès à la mer est « une question existentielle » pour l’Éthiopie. Son gouvernement a exploré de nombreuses pistes depuis des années. Un MoU est un accord non contraignant. Il exprime l’intention des parties avant la signature d’un traité formel. Mais ce MoU spécifique a immédiatement suscité de vives réactions.
L’Éthiopie avait exploré des accords portuaires avec l’Érythrée pour Assab et avec le Kenya pour le port de Lamu. L’accord avec le Somaliland marque un tournant majeur et audacieux. Il montre à quel point l’Éthiopie manifeste l’urgence d’obtenir son propre accès à la mer.
Les retombées
La Somalie a immédiatement rejeté le MoU entre l’Éthiopie et le Somaliland. Le président Hassan Sheikh Mohamud l’a qualifié d’« acte d’agression » contre la souveraineté de la Somalie. La Somalie considère le Somaliland comme faisant partie de son territoire.
Le parlement somalien a rapidement annulé le MoU. La Somalie a également rappelé son ambassadeur en Éthiopie. Cela a accru les tensions diplomatiques. Cela a créé une grave crise politique.
Le Somaliland souhaite une reconnaissance internationale. L’accord éthiopien offre une voie vers cet objectif qu’il poursuit de longue date. Le Somaliland se considère comme un État distinct et viable. Cette démarche pourrait valider ses revendications.
Djibouti reste un port clé pour l’Éthiopie. Son président, Ismail Omar Guelleh, a déclaré en janvier 2024 que Djibouti respectait la souveraineté de la Somalie. Djibouti bénéficie également de sa position neutre et de ses liens avec de nombreuses puissances internationales. Il gère un volume important du commerce éthiopien.
L’Érythrée et l’Éthiopie étaient alliées lors de la récente guerre du Tigré (2020-2022). Cette nouvelle initiative éthiopienne pourrait mettre à rude épreuve cette alliance. L’Érythrée abrite le port d’Assab, une alternative que l’Éthiopie avait autrefois envisagée pour l’accès à la mer. Personne ne sait encore ce que cela signifie pour leur relation.
Hargeisa est la capitale animée du Somaliland, un État autoproclamé indépendant qui aspire à une reconnaissance internationale depuis 1991. Le récent MoU avec l'Éthiopie offre une voie potentielle pour que le Somaliland atteigne son objectif de longue date d'obtenir le statut d'État formel, malgré la forte opposition de la Somalie. (Source : tripadvisor.com)
Les acteurs extérieurs observent attentivement. L’Égypte s’inquiète toujours du Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) sur le Nil. L’Égypte considère les objectifs de l’Éthiopie en mer Rouge comme une diversion. Ou un moyen de renforcer sa position dans leur différend hydrique en cours.
Les États-Unis ont exprimé leur inquiétude quant aux actions susceptibles de déstabiliser la région. La secrétaire d’État adjointe Molly Phee a souligné la nécessité de respecter la souveraineté de la Somalie en janvier 2024. Les pays du monde entier partagent cette inquiétude.
Les Émirats arabes unis et la Turquie ont massivement investi dans les ports et les infrastructures de la Corne de l’Afrique, y compris Berbera. Ils observent attentivement ces nouveaux rapports de force. L’instabilité régionale pourrait nuire à leurs investissements.
Pourquoi cela compte (et quelle est la suite)
La mer Rouge est désormais plus instable en raison des attaques des Houthis contre la navigation en 2023-2024. Cela rend la stabilité de la Corne de l’Afrique encore plus importante. La région contrôle une artère maritime vitale. Toute instabilité ici affecte le commerce mondial, les prix de l’énergie et la sécurité à l’échelle planétaire.
L’Éthiopie recherche un accès à la mer car elle ambitionne de devenir une puissance économique régionale. Cette vision nécessite une stabilité intérieure et une aide extérieure. Une Éthiopie stable a besoin de routes commerciales fiables.
Le MoU entre l’Éthiopie et le Somaliland pourrait déclencher de nouveaux conflits. C’est particulièrement vrai entre l’Éthiopie et la Somalie. Des analystes comme Murithi Mutiga de l’International Crisis Group ont mis en garde en janvier 2024 contre un possible « conflit inutile et dangereux ». Il ne s’agit pas seulement d’une querelle diplomatique mineure.
Un accès accru aux ports pourrait réellement stimuler l’économie éthiopienne. Mais l’instabilité régionale pourrait faire fuir les capitaux étrangers. Les investisseurs recherchent des lieux stables. Le différend met en lumière un choc entre le droit international et les besoins urgents d’une nation puissante.
Les diplomates tentent d’apaiser les tensions. L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a appelé au dialogue. Trouver une résolution pacifique est vital. Si l’Éthiopie reconnaît le Somaliland à long terme, cela pourrait créer un précédent pour d’autres mouvements sécessionnistes à travers le monde. Cela pourrait même remodeler le droit international.
La question du GERD avec l’Égypte et le Soudan continuera de compliquer les choses. Les puissances extérieures continueront de se disputer l’influence. Elles veulent protéger leurs intérêts dans cette région vitale et en rapide évolution. L’avenir de la Corne de l’Afrique est en jeu.
Le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) sur le Nil Bleu est un projet hydroélectrique monumental, symbolisant l'ambition de l'Éthiopie de devenir une puissance économique régionale. Sa construction a été un point de discorde majeur avec l'Égypte et le Soudan, qui craignent son impact sur leurs approvisionnements vitaux en eau du Nil. (Source : smartec.ch)
FAQ
- Qu’est-ce que le détroit de Bab-el-Mandeb ? C’est une voie navigable étroite entre le Yémen et Djibouti/Érythrée. Il relie la mer Rouge au golfe d’Aden, une route maritime vitale pour le commerce mondial.
- Pourquoi l’Éthiopie cherche-t-elle un accès à la mer ? L’Éthiopie est enclavée. Elle paie des frais importants pour l’accès aux ports, principalement via Djibouti. Un accès direct réduirait les coûts et stimulerait son commerce.
- Quel est le statut du Somaliland ? Le Somaliland a déclaré son indépendance de la Somalie en 1991. Il fonctionne comme un État de facto mais manque de reconnaissance internationale.
- Comment le GERD s’inscrit-il dans ce contexte ? Le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne sur le Nil est une question géopolitique majeure et distincte. Il crée des tensions avec les nations en aval comme l’Égypte et le Soudan, ajoutant à la complexité des relations régionales de l’Éthiopie.
Le détroit de Bab-el-Mandeb est une voie navigable étroite et critique reliant la mer Rouge au golfe d'Aden, servant de route maritime vitale pour le commerce mondial, en particulier pour le pétrole et les marchandises transitant par le canal de Suez. Sa position stratégique entre le Yémen et Djibouti/Érythrée en fait un goulot d'étranglement géopolitique important. (Source : nationalgeographic.com)
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