HPV et VHB: des centaines de milliers de morts par cancer, des vaccins inaccessibles
Chaque année, des centaines de milliers de personnes succombent à des cancers pourtant évitables, causés par les virus HPV et VHB. Malgré l'existence de vaccins efficaces depuis des décennies, leur accès reste un défi majeur, aux conséquences humaines et économiques dramatiques.
Cancers évitables : le coût total
Des centaines de milliers de personnes meurent chaque année de cancers évitables. Des vaccins puissants sont disponibles depuis des décennies. Cependant, ces vaccins ne sont pas accessibles à tous. Le coût humain est immense. Le coût économique est également considérable.
Deux virus sont à l’origine de cette crise : le papillomavirus humain (HPV) et le virus de l’hépatite B (VHB). Il ne s’agit pas seulement d’infections courantes. Ils sont directement responsables de plusieurs types de cancer. Le HPV provoque presque tous les cancers du col de l’utérus. Il est également à l’origine de nombreux cancers de l’anus, de la bouche, de l’oropharynx, du vagin, de la vulve et du pénis. Le VHB est la principale cause de cancer du foie, également appelé carcinome hépatocellulaire.
Ces deux virus constituent une menace mondiale. Les cancers qui leur sont associés affectent plus gravement les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI). Ces régions disposent souvent de systèmes de santé plus fragiles. L’accès au dépistage et au traitement est limité. La situation est claire : la science nous a donné des outils de prévention, mais la souffrance reste omniprésente.
Décès évitables : les chiffres
En 2020, plus de 600 000 personnes sont décédées dans le monde de cancers causés par le HPV et le VHB. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ont fourni ce chiffre. Cela représente une perte de vies humaines importante et évitable.
Le HPV est très courant. La plupart des personnes sexuellement actives le contracteront à un moment donné. De nombreuses infections se résorbent spontanément. Cependant, un HPV persistant à haut risque peut entraîner des changements cellulaires. Ces changements peuvent évoluer vers un cancer sur plusieurs années.
Le cancer du col de l’utérus en est un exemple grave. Les estimations GLOBOCAN 2020 du CIRC révèlent qu’il a provoqué 348 000 décès dans le monde cette année-là. C’est une cause majeure de décès par cancer chez les femmes. C’est particulièrement vrai en Afrique subsaharienne et dans certaines parties de l’Asie. Des pays comme l’Eswatini et le Malawi ont certains des taux de cancer du col de l’utérus les plus élevés au monde.
L’hépatite B est également une menace majeure. L’infection chronique par le VHB peut entraîner une cirrhose et un cancer du foie. Le virus se transmet souvent de la mère à l’enfant à la naissance. Il se propage également par contacts étroits pendant la petite enfance. L’Asie de l’Est et l’Afrique subsaharienne enregistrent le plus grand nombre d’infections chroniques par le VHB. Le vaccin contre le VHB est disponible depuis les années 1980. Il offre une forte protection.
Le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), disponible depuis des décennies, est un outil puissant contre plusieurs cancers, y compris presque tous les cancers du col de l'utérus. Malgré son efficacité, des millions de personnes dans le monde, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire, n'ont toujours pas accès à cette prévention vitale. (Source : who.int)
Le coût financier significatif
Une étude de 2023 publiée dans The Lancet Global Health a révélé le coût économique immense des cancers évitables par la vaccination. Ce coût ne se limite pas aux frais médicaux. Il inclut également la perte de potentiel.
Le traitement du cancer est coûteux. Le traitement comprend le diagnostic, la chimiothérapie, la radiothérapie, la chirurgie et les soins palliatifs. Par exemple, le cancer du col de l’utérus à lui seul coûte environ 4,1 milliards de dollars par an en dépenses médicales directes à l’échelle mondiale. Ce chiffre est issu d’une étude de l’American Cancer Society. Ces coûts directs pèsent lourdement sur les budgets de la santé dans le monde entier.
Les coûts indirects sont également immenses. Ils représentent la perte de productivité due aux décès prématurés et aux maladies. Lorsqu’une personne meurt jeune d’un cancer évitable, elle perd des années de revenus potentiels. Ses contributions à sa famille, à sa communauté et à l’économie sont perdues. Ce concept économique est appelé années de vie perdues (AVP) ou perte de productivité.
Une étude de 2017 publiée dans PLOS One a estimé le coût économique cumulé des cancers associés au HPV aux États-Unis à 2,2 milliards de dollars par an. Cela incluait les coûts médicaux et les pertes de productivité. Imaginez cet impact à l’échelle mondiale. L’impact économique aggrave la pauvreté, surtout en l’absence d’assurance maladie ou de filets de sécurité sociale.
Le cancer du foie lié au VHB entraîne également d’énormes coûts financiers. Le traitement du cancer du foie avancé est complexe et coûteux. Les patients sont souvent confrontés à de longs séjours hospitaliers et à des médicaments spécialisés. Les coûts indirects liés à la perte de productivité sont également considérables. C’est particulièrement vrai dans les régions à forte prévalence du VHB. Cela souligne un contraste frappant : ces vaccins sont relativement peu coûteux. Ils coûtent bien moins cher qu’une vie entière de traitement des maladies qu’ils préviennent.
Pourquoi les taux de vaccination sont faibles
Bien que des vaccins puissants soient disponibles depuis des décennies, les taux de vaccination dans le monde sont inégaux. Les données de l’UNICEF et de l’OMS le confirment. Le problème n’est pas simplement la disponibilité des vaccins. Mais en réalité, une série d’obstacles empêchent une utilisation généralisée.
Le vaccin contre le HPV a été approuvé pour la première fois en 2006. Il protège contre les types de HPV qui provoquent la plupart des cancers du col de l’utérus. Pourtant, de nombreux pays peinent encore à l’utiliser. Parmi les défis figurent le coût initial du vaccin pour les PRFI. De plus, la logistique de l’administration de plusieurs doses aux adolescents s’avère complexe. Les campagnes de désinformation ont également gravement entravé la vaccination dans divers pays, y compris les pays riches.
La chimiothérapie, un traitement courant et souvent vital contre le cancer, représente une part significative des immenses coûts médicaux directs associés aux cancers évitables par la vaccination, contribuant au fardeau financier mondial et aux longs séjours hospitaliers. (Source : gettyimages.in)
En 2022, la couverture mondiale de la première dose du vaccin contre le HPV était de 67 %, selon les données de l’OMS et de l’UNICEF. Mais la couverture complète, généralement deux doses, n’était que de 15 %. Cet écart signifie que des millions de jeunes filles restent sans protection. C’est une occasion manquée considérable pour la prévention du cancer. De nombreux pays, en particulier en Afrique subsaharienne, n’ont ajouté le vaccin à leurs programmes nationaux que récemment.
Le vaccin contre le VHB est disponible depuis 1982. Il fait généralement partie des programmes de vaccination infantile. Un élément clé est la dose de naissance du VHB, administrée dans les 24 heures suivant la naissance. Cette dose prévient la transmission de la mère à l’enfant. C’est l’une des principales voies de propagation de l’infection chronique. Malheureusement, seuls 45 % des nouveau-nés ont reçu la dose de naissance du VHB en 2022, selon l’OMS et l’UNICEF. L’absence de cette dose précoce rend les nouveau-nés vulnérables.
Le dépistage universel du VHB chez les femmes enceintes est également essentiel. L’identification des mères infectées permet aux médecins de prendre des mesures préventives à la naissance. Sans un dépistage généralisé et l’administration de la dose de naissance, le cycle de transmission se poursuit. Cela conduit à de futurs cas d’infection chronique et de cancer du foie.
La voie à suivre : investir dans la prévention
L’Organisation mondiale de la Santé vise une couverture vaccinale de 90 % contre le HPV chez les jeunes filles d’ici 2030. C’est un objectif ambitieux. Nous avons les outils pour mettre fin à ces cancers évitables. Il nous faut simplement les utiliser plus efficacement.
Investir dans les programmes de vaccination est plus qu’une simple dépense de santé. C’est un investissement économique judicieux. De nombreuses études montrent que la vaccination contre le HPV est l’une des actions de santé les plus rentables. Notamment celles soutenues par Gavi, l’Alliance du Vaccin, et PATH. Chaque dollar dépensé en prévention permet d’économiser beaucoup plus de dollars en coûts de traitement futurs et en perte de productivité.
Plusieurs stratégies peuvent combler cet écart. L’intégration des vaccins contre le HPV et le VHB dans les calendriers de vaccination de routine les rend plus faciles d’accès. Les programmes de vaccination en milieu scolaire sont efficaces pour atteindre les adolescents. Les programmes de sensibilisation communautaire peuvent lutter contre la désinformation et instaurer la confiance. Des organisations comme Gavi s’efforcent de rendre les vaccins plus abordables pour les PRFI. Elles négocient des prix plus bas et aident à la livraison.
La dose de naissance du VHB, administrée dans les 24 heures suivant la naissance, est une intervention critique pour prévenir la transmission de l'hépatite B de la mère à l'enfant, une cause majeure d'infection chronique et de cancer du foie. En 2022, seuls 45 % des nouveau-nés dans le monde ont reçu cette dose précoce vitale. (Source : cidrap.umn.edu)
L’extension de la couverture de la dose de naissance du VHB est essentielle. Cela nécessite des systèmes de santé plus solides capables de vacciner rapidement les nouveau-nés. Le dépistage universel des femmes enceintes devrait également être la norme. Ces étapes interrompent le cycle de transmission précocement.
Le potentiel de sauver des vies et de stimuler les économies est considérable. Une augmentation hypothétique de 10 % de la couverture vaccinale contre le HPV à l’échelle mondiale pourrait prévenir des centaines de milliers de cas de cancer du col de l’utérus. Cela pourrait économiser des milliards de dollars en coûts de soins de santé et en perte de productivité. Nous avons les connaissances et les outils. Il nous faut maintenant un engagement commun pour agir.
Réponses rapides
Q1 : Quels cancers les vaccins peuvent-ils prévenir ? R : Le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) prévient les cancers du col de l’utérus, de l’anus, de la bouche, de l’oropharynx, du vagin, de la vulve et du pénis. Le vaccin contre le virus de l’hépatite B (VHB) prévient le cancer du foie (carcinome hépatocellulaire).
Q2 : Quelle est l’efficacité de ces vaccins ? R : Les deux vaccins sont très efficaces. Le vaccin contre le HPV peut prévenir plus de 90 % des cancers liés au HPV. Le vaccin contre le VHB est efficace à plus de 95 % pour prévenir l’infection chronique. Cette infection conduit au cancer du foie.
Q3 : Pourquoi plus de personnes ne sont-elles pas vaccinées ? R : Parmi les obstacles figurent le coût du vaccin, les défis de livraison, le manque de sensibilisation et la désinformation. Dans certaines régions, la stigmatisation sociale ou l’accès limité aux soins de santé empêchent également les gens de se faire vacciner.
Q4 : Quel est le plus grand avantage économique de ces vaccins ? R : Le plus grand avantage économique provient de la prévention de la perte de productivité due aux décès prématurés et aux maladies à long terme. Cela l’emporte de loin sur les coûts médicaux directs du traitement des cancers.
Le cancer du col de l'utérus, souvent causé par une infection persistante au HPV, est une cause majeure de décès liés au cancer chez les femmes dans le monde, pourtant il est largement évitable grâce à la vaccination et aux programmes de dépistage. (Source : gettyimages.com)
Vous pourriez aussi aimer:
👉 Santé mentale : un sur huit touché, la crise mondiale en question
👉 Mai 2017: WannaCry, le rançongiciel qui a paralysé les hôpitaux britanniques