L'océan profond, 65% de la Terre : la protection illusoire des AMP
Immense et en grande partie invisible, l'océan profond couvre 65% de la surface terrestre. Loin d'être un sanctuaire sûr, même ses aires marines protégées se révèlent souvent insuffisantes face aux menaces.
L’océan profond a besoin de plus que de simples tracés sur une carte
L’idée des aires marines protégées semble simple. On trace une ligne sur une carte. On interdit la pêche. Alors, l’écosystème se rétablit. C’est une belle idée.
Mais ma vision a changé lorsque je me suis penché sur les grands fonds marins. L’océan profond se situe à plus de 200 mètres de profondeur. Il couvre 65 % de la surface de la Terre. Il est immense, froid et en grande partie invisible. J’ai d’abord cru que son éloignement le mettait à l’abri.
Mes recherches ont prouvé le contraire. De nombreuses zones profondes « protégées » ne sont pas du tout sûres. Leur immensité, leurs conditions extrêmes et les menaces modernes exigent une approche bien plus robuste. Déclarer simplement une zone interdite ne suffit pas.
Les scientifiques et les défenseurs de l’environnement s’accordent à dire que la véritable conservation des grands fonds marins nécessite une « protection active ». Cela signifie plus que de simples tracés de lignes. Cela implique une action directe, une meilleure surveillance et même la réparation des zones endommagées.
Ce changement de mentalité m’a surpris. Il montre que nous ne pouvons pas nous contenter d’ignorer les profondeurs. Ce n’est pas une nature sauvage lointaine. Nous devons en prendre soin activement.
Le mensonge des eaux profondes « protégées »
En 2010, la Convention sur la diversité biologique a fixé un objectif. Elle visait à protéger 10 % des zones marines d’ici 2020. Cela a conduit à la création de nombreuses nouvelles aires marines protégées. Beaucoup d’entre elles incluaient de vastes étendues des grands fonds marins.
Ces désignations ont souvent donné un faux sentiment de sécurité. Les gens pensaient autrefois que les grands fonds marins étaient à l’abri des humains. Aujourd’hui, ils font face à de nombreuses menaces sérieuses. Le chalutage de fond, par exemple, peut détruire les forêts de coraux et les champs d’éponges des grands fonds. Le Dr Andrew Thurber, écologiste des grands fonds marins à l’Oregon State University, souligne que certains coraux des grands fonds ne poussent que de quelques millimètres chaque année. Les dommages peuvent prendre des siècles à guérir, si tant est qu’ils le puissent un jour.
J’ai appris que les « parcs de papier » représentent un problème majeur. Une AMP peut figurer sur une carte. Mais sans application des règles ni surveillance, elle est de peu d’utilité. Une étude de 2018 parue dans Nature Communications a montré que la pêche se poursuivait dans 59 % des AMP existantes où la pêche est interdite. Cela révèle un problème généralisé.
L’océan profond est si éloigné que l’application traditionnelle des règles est très difficile. Les patrouilleurs ne peuvent pas facilement surveiller de vastes zones situées à des milliers de mètres de profondeur. Cela laisse les zones « protégées » vulnérables aux actes illégaux. Mon espoir initial concernant les AMP s’est rapidement estompé.
Les forêts de coraux des grands fonds, comme cet exemple vibrant, sont des écosystèmes incroyablement fragiles. Certaines espèces ne poussent que de quelques millimètres par an, ce qui signifie que les dommages causés par des activités comme le chalutage de fond peuvent prendre des siècles à guérir, voire jamais. (Photo : Shaun Low / Unsplash)
Certaines menaces ignorent également les frontières. Le réchauffement des océans, l’acidification et la désoxygénation affectent l’ensemble de l’océan mondial. Elles ne se soucient pas des tracés sur une carte. Ces changements remodèlent déjà les écosystèmes des grands fonds marins.
Protection active : ce que cela signifie vraiment
La protection active signifie prendre des mesures directes et mesurables pour protéger les environnements des grands fonds marins. C’est un passage du simple blocage de zones à une implication directe. Cette idée est devenue claire lorsque j’ai observé les pratiques des principaux groupes de recherche.
Le Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBARI) en offre un excellent exemple. Leurs véhicules sous-marins télécommandés (ROV), comme le Doc Ricketts et le Ventana, effectuent des relevés réguliers. Ces ROV ne se contentent pas d’observer. Ils collectent des échantillons et remontent même des engins de pêche fantômes. En 2021, les scientifiques du MBARI ont utilisé un ROV pour retirer un énorme casier à crabes abandonné d’un canyon sous-marin. Cette action directe a empêché d’autres organismes marins de s’y emmêler.
Un autre aspect crucial est la surveillance avancée en temps réel. Global Fishing Watch, un groupe indépendant, utilise des données satellitaires et l’IA. Ils suivent les bateaux de pêche commerciale dans le monde entier. Ce système repère les activités suspectes, même dans les zones profondes éloignées. Leurs données aident les autorités à mieux cibler l’application des règles.
La protection active comprend également la réparation des habitats. Dans les zones endommagées par l’homme, les scientifiques tentent des transplantations de coraux. Des projets dans l’Atlantique Nord, souvent avec le projet ATLAS de l’UE, recherchent des moyens de restaurer les jardins de coraux des grands fonds. Le Dr Chris German, scientifique principal à la Woods Hole Oceanographic Institution, souligne à quel point il est vital de comprendre comment les écosystèmes se rétablissent. Nous devons savoir quelles espèces sont capables de bien se rétablir.
Certains plans suggèrent même de nettoyer directement la pollution. Cela pourrait impliquer des submersibles spéciaux. Ils pourraient cibler les accumulations de microplastiques ou nettoyer les déversements chimiques. Ce type d’action est complexe et coûteux. Cela montre à quel point il est urgent de réparer les dommages déjà présents.
Les obstacles : l’argent, la technologie et les eaux internationales
La protection active est confrontée à d’énormes défis sur le terrain. Les coûts financiers sont stupéfiants. Un navire de recherche peut coûter des dizaines de milliers de dollars par jour à exploiter. L’entretien et l’utilisation des ROV et AUV des grands fonds marins alourdissent considérablement ces coûts.
Le ROV *Doc Ricketts* du MBARI est un outil clé pour la protection active des grands fonds marins, menant des relevés réguliers, collectant des échantillons et retirant directement des éléments nuisibles comme les engins de pêche abandonnés des écosystèmes fragiles. (Source : nerdist.com)
La technologie présente également ses propres défis. Construire des équipements capables de supporter des pressions et des températures extrêmes est difficile. Ces outils doivent fonctionner efficacement pendant de longues périodes. L’envoi de données depuis les grands fonds marins est encore lent et limité. Cela ralentit les décisions en temps réel.
Le plus grand défi se situe peut-être dans les eaux internationales, appelées la haute mer. Ces zones couvrent les deux tiers de l’océan. Elles échappent au contrôle de tout pays. Aucune nation n’est seule responsable de leur protection. Cela crée un vide en matière de leadership.
Le nouveau Traité des Nations Unies sur la haute mer vise à remédier à cela. Il est officiellement appelé l’Accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales, ou Accord BBNJ. Adopté en juin 2023, il établit un cadre juridique pour créer et gérer des AMP en haute mer. Il comprend également des règles pour les évaluations d’impact environnemental. Mais la portée du traité repose sur la ratification des pays et une application rigoureuse.
Qui finance l’ensemble de ce travail mondial ? Les fonds pour la recherche et la conservation des grands fonds marins sont souvent difficiles à obtenir. Ils proviennent principalement de subventions et d’organisations caritatives. Une protection active durable et à grande échelle nécessite un financement international spécial. Sans cela, même les meilleures technologies et les meilleurs plans ne suffiront pas.
Un avenir proactif : sauver les profondeurs
Les scientifiques développent activement des solutions pour la protection des grands fonds marins. Les chercheurs élaborent des modèles prédictifs intelligents. Ces modèles estiment où se trouvent les écosystèmes vulnérables des grands fonds. Ils prédisent également où de futures menaces, comme l’exploitation minière des grands fonds, pourraient émerger. Cela nous permet de protéger des zones spécifiques de manière préventive.
L’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) contrôle l’exploitation minière des grands fonds marins dans les eaux internationales. Elle travaille actuellement à l’élaboration d’un code minier. Des groupes environnementaux comme la Deep Sea Conservation Coalition (DSCC) souhaitent une approche prudente. Ils plaident pour des évaluations environnementales complètes avant le début de toute exploitation minière. Ils soutiennent également une interdiction de l’exploitation minière tant que des garanties suffisantes n’existent pas.
La gestion adaptative constitue une autre approche essentielle. Cela signifie surveiller constamment les écosystèmes. Nous ajustons ensuite les mesures de protection en fonction des nouvelles données. Si une population de coraux des grands fonds semble stressée, par exemple, nous pouvons rapidement interdire l’accès à de nouvelles zones. Cela va au-delà des lignes fixes.
Le Traité des Nations Unies sur la haute mer, officiellement connu sous le nom d'Accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales (Accord BBNJ), a été adopté en juin 2023. Cet accord international historique fournit un cadre juridique pour l'établissement d'aires marines protégées et la réalisation d'évaluations d'impact environnemental dans les eaux internationales, couvrant les deux tiers de l'océan mondial. (Source : wri.org)
La protection active des grands fonds marins ne fait que commencer. Elle nécessite une coopération mondiale sans précédent. Elle exige des financements durables. Plus important encore, elle exige un changement radical dans la façon dont nous percevons le plus grand habitat de notre planète. Nous devons prendre conscience que les grands fonds marins nécessitent nos soins directs et vigilants. Mon propre parcours m’a montré que l’ignorance n’est plus une excuse.
Foire aux questions
Que sont les écosystèmes des grands fonds marins ? Les écosystèmes des grands fonds marins se développent à plus de 200 mètres de profondeur (environ 198 mètres), là où la lumière du soleil ne peut pas atteindre. Ils comprennent de nombreux habitats : les plaines abyssales, les évents hydrothermaux, les suintements froids, les monts sous-marins et les fosses océaniques. Ces lieux abritent une vie unique, souvent à croissance lente. Ils sont adaptés aux conditions extrêmes.
En quoi la « protection active » diffère-t-elle des aires marines protégées traditionnelles ? Les AMP traditionnelles reposent souvent sur des zones passives « sans prélèvement ». Elles espèrent que la nature se rétablira d’elle-même en interdisant certaines activités. La protection active signifie une action directe. Cela inclut l’élimination de la pollution, la réparation des habitats, une surveillance avancée en temps réel et une application rigoureuse des règles. Elle combat directement les menaces et contribue à la bonne santé des écosystèmes.
Quelles sont les plus grandes menaces pour les grands fonds marins ? Les principales menaces incluent la surpêche, en particulier le chalutage de fond. D’autres dangers sont les effets du changement climatique comme le réchauffement, l’acidification des océans et la désoxygénation. La pollution plastique et la menace croissante de l’exploitation minière des grands fonds marins posent également des risques. Ces pressions nuisent aux habitats, perturbent les réseaux trophiques et affectent directement les espèces des grands fonds marins.
L’exploitation minière des grands fonds marins est-elle déjà en cours ? L’exploitation minière commerciale à grande échelle des grands fonds marins n’a pas encore commencé. Mais l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) a attribué de nombreux contrats d’exploration. Ceux-ci concernent les nodules polymétalliques, les sulfures massifs et les croûtes riches en cobalt dans les eaux internationales. Un débat mondial est en cours. Faut-il autoriser l’extraction à grande échelle ? De nombreux scientifiques et pays souhaitent une interdiction en raison des éventuels dommages environnementaux.
Les nodules polymétalliques sont des concrétions de manganèse, de fer et d'autres métaux précieux de la taille d'une pomme de terre trouvées sur les plaines abyssales. Ces formations géologiques uniques sont la cible principale de l'exploitation minière potentielle des grands fonds marins, suscitant un débat mondial sur leur impact environnemental. (Source : eos.org)
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