Fin 2020 : Pékin serre la vis aux géants de la tech, Alibaba et Tencent en première ligne
Depuis fin 2020, le gouvernement chinois a lancé une vaste campagne de régulation. Cette initiative a profondément transformé l'économie numérique du pays, restreignant le pouvoir d'entreprises emblématiques comme Alibaba et Tencent.
Pékin reprend en main la tech : la refonte réglementaire des plateformes chinoises
Fin 2020, Pékin a lancé une vaste campagne de régulation visant ses plateformes technologiques nationales. Cette initiative audacieuse a transformé l’économie numérique et restreint le pouvoir d’entreprises telles qu’Alibaba et Tencent. Le gouvernement souhaitait s’attaquer à plusieurs problèmes : les monopoles, la sécurité des données et la stabilité financière.
Ces entreprises, dont Meituan et Didi Global Inc., avaient connu une croissance rapide pendant deux décennies. Elles étaient souvent peu surveillées. Leurs plateformes se sont intégrées à la vie quotidienne dans toute la Chine continentale. Ces entreprises ont bâti de vastes réseaux couvrant le commerce électronique, les médias sociaux, les services de VTC et la fintech.
Avant 2020, le secteur technologique chinois avait adopté une approche de “laissez-faire”. Cela lui a permis de croître et d’innover de façon fulgurante. Le changement réglementaire a marqué une rupture majeure avec cette ancienne politique. Il a inauguré une nouvelle ère de contrôle étatique plus strict sur l’économie numérique.
Lutte contre les monopoles et concurrence loyale
Le 10 avril 2021, l’Administration d’État pour la Réglementation du Marché (SAMR) a infligé une amende de 18,23 milliards de yuans (2,8 milliards de dollars) à Alibaba Group Holding Ltd. Cette amende représentait 4 % du chiffre d’affaires domestique d’Alibaba en 2019. La SAMR a constaté qu’Alibaba avait abusé de sa position dominante sur le marché pendant des années. Le régulateur a pointé du doigt la politique d’Alibaba de “choisir l’un des deux”. Cette pratique forçait les commerçants à n’utiliser que les plateformes d’Alibaba.
L’action de la SAMR contre Alibaba a été la plus grande amende anti-monopole jamais prononcée en Chine. Elle a envoyé un message clair aux autres plateformes internet. Le régulateur a déclaré que l’amende visait à “assurer une concurrence loyale” et à “protéger les intérêts des consommateurs”. La SAMR a ensuite lancé une enquête anti-monopole sur le géant de la livraison de repas Meituan en avril 2021.
Le gouvernement a introduit de nouvelles règles anti-monopole pour l’économie des plateformes en février 2021. Ces règles ciblaient spécifiquement des comportements tels que l’exclusivité forcée et les prix prédateurs. Le Bureau national anti-monopole a également obtenu davantage de ressources. Cela a renforcé ses capacités d’application.
Sécurité des données et protection des consommateurs
La Loi chinoise sur la protection des informations personnelles (PIPL) est entrée en vigueur le 1er novembre 2021. Cette loi a établi des règles strictes concernant la manière dont les entreprises collectent, stockent et utilisent les données personnelles. Elle exige un consentement clair de l’utilisateur pour le traitement des données. La PIPL limite également les transferts de données transfrontaliers.
Alibaba Group Holding Ltd. a été condamnée à une amende de 18,23 milliards de yuans (2,8 milliards de dollars) par les régulateurs chinois en avril 2021 pour avoir abusé de sa position dominante sur le marché. Cette sanction anti-monopole record, équivalente à 4 % de son chiffre d'affaires domestique de 2019, a marqué un changement significatif dans la surveillance des géants de la technologie par Pékin. (Source : scmp.com)
L’Administration du cyberespace de Chine (CAC) a été un acteur clé dans l’application de ces règles relatives aux données. En juillet 2021, la CAC a ordonné le retrait des applications de Didi Global Inc. des magasins d’applications. Le régulateur a souligné de “graves violations” dans la collecte et l’utilisation des informations personnelles par Didi. Didi venait de réaliser une introduction en bourse (IPO) de 4,4 milliards de dollars à New York. La CAC a également lancé un audit de cybersécurité de l’entreprise.
La Loi chinoise sur la sécurité des données (DSL) est également entrée en vigueur le 1er septembre 2021. Cette loi classe les données en fonction de leur importance pour la sécurité nationale et l’intérêt public. Elle exige que les données soient stockées localement pour les “opérateurs d’infrastructures d’information critiques”. La DSL oblige également les entreprises à effectuer des évaluations de sécurité pour certains transferts de données en dehors de la Chine. Ces lois ont rendu les règles relatives aux données beaucoup plus strictes dans tous les secteurs.
Stabilité financière et “prospérité commune”
L’introduction en bourse (IPO) prévue d’Ant Group, d’un montant de 37 milliards de dollars, a été brusquement interrompue en novembre 2020. Cette décision est intervenue quelques jours seulement avant sa cotation. Les régulateurs, y compris la Banque populaire de Chine (PBOC), ont fait part de leurs préoccupations concernant les pratiques de prêt d’Ant. Ils ont également noté l’arbitrage réglementaire de l’entreprise.
Ant Group, une filiale d’Alibaba, a reçu l’ordre de modifier ses opérations. Cela signifiait transformer ses activités de prêt et d’assurance en une société holding financière. Le vice-gouverneur de la PBOC, Pan Gongsheng, a déclaré que cette réforme était essentielle pour “une concurrence loyale et la stabilité financière”. Cette décision a montré que Pékin était déterminée à limiter la croissance non réglementée de la fintech.
Le président Xi Jinping a évoqué la “prospérité commune” en août 2021. Il souhaitait réduire les inégalités de revenus et redistribuer davantage les richesses. Cette directive a incité les grandes entreprises technologiques à intensifier leurs actions caritatives. Tencent Holdings Ltd. a promis 100 milliards de yuans pour des initiatives sociales. Alibaba a également donné 100 milliards de yuans pour soutenir la prospérité commune.
Le paysage en mutation et la voie à suivre
Les grandes entreprises technologiques comme Alibaba et Tencent ont connu une croissance plus lente en 2022 et 2023. Le chiffre d’affaires d’Alibaba n’a augmenté que de 2 % en glissement annuel au cours du trimestre clos en décembre 2022. Tencent a enregistré sa toute première baisse de chiffre d’affaires trimestriel au deuxième trimestre 2022. La pression réglementaire a clairement affecté leurs stratégies d’expansion. Les entreprises se sont tournées vers les services aux entreprises et les solutions d’internet industriel.
Les autorités chinoises se sont récemment montrées plus favorables au secteur technologique. Le Premier ministre Li Qiang a déclaré en mars 2023 que la Chine “encouragerait et soutiendrait sans relâche le développement du secteur privé”. Il s’agissait d’un changement de ton après deux ans de surveillance stricte. Les investisseurs attendent maintenant des politiques concrètes qui concrétisent ces déclarations.
L’impact à long terme de ces réglementations reste incertain. Le contrôle de Pékin sur les données et le pouvoir de marché s’est renforcé. Le gouvernement souhaite également maintenir l’innovation et la croissance économique. L’avenir verra probablement un équilibre entre une surveillance rigoureuse et un soutien ciblé aux domaines technologiques clés. Ce jeu de forces constant façonnera l’avenir numérique de la Chine. C’est un équilibre délicat, et le monde entier observe.
FAQ
Q1 : Quel est l’objectif principal de la réglementation technologique chinoise ?
Les principaux objectifs de Pékin sont de mettre fin aux monopoles, de protéger la sécurité nationale des données, de garantir la confidentialité des consommateurs et de maintenir la stabilité financière. Le gouvernement souhaite également aligner la croissance des entreprises technologiques sur ses objectifs de “prospérité commune”.
Q2 : Quels géants de la technologie ont été les plus touchés ?
Les grandes plateformes comme Alibaba, Tencent, Didi Global et Meituan ont fait l’objet de contrôles et de sanctions sévères. Alibaba a reçu une amende anti-monopole record. Didi a été confrontée à des audits de cybersécurité et ses applications ont été retirées.
Q3 : La réglementation est-elle terminée ?
La phase la plus dure du durcissement réglementaire semble s’être calmée. Les nouvelles lois et la surveillance sont toujours en place. Les autorités suggèrent désormais une approche plus équilibrée, axée à la fois sur les règles et le soutien à l’économie numérique.
Q4 : Quel est l’impact sur les entreprises étrangères en Chine ?
Les entreprises étrangères en Chine doivent également se conformer aux nouvelles lois sur la sécurité des données et la protection des informations personnelles. Ces règles, comme la PIPL et la DSL, couvrent toute entité traitant des données en Chine ou les envoyant à l’étranger. La conformité implique des changements majeurs dans la manière dont les données sont gérées.
Le Premier ministre Li Qiang, que l'on voit ici, a fait une déclaration capitale en mars 2023, affirmant que la Chine "encouragerait et soutiendrait sans relâche le développement du secteur privé", marquant un changement significatif dans le ton du gouvernement envers l'industrie technologique après une période de réglementation intense. (Source : gettyimages.com)
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