Zones économiques africaines : l'industrialisation à l'épreuve des réalités du continent
Perçues comme un moteur d'investissements et d'emplois, ces zones cachent une complexité souvent sous-estimée. L'article explore les défis de l'industrialisation sur un continent aux 54 réalités diverses.
Zones économiques africaines : au-delà du discours promotionnel
La promesse des zones économiques africaines est séduisante. Beaucoup les considèrent comme une voie directe vers l’industrialisation. Elles sont censées attirer les investissements étrangers, créer des emplois et diversifier les économies nationales. Cette croyance populaire est très répandue parmi les décideurs politiques africains et les agences de développement international.
Mais cet optimisme généralisé masque souvent les réalités complexes sur le terrain. L’Afrique est un vaste continent, qui abrite 54 pays aux réalités diverses. Les zones économiques, également appelées zones économiques spéciales (ZES) ou parcs industriels, sont des espaces dédiés. Elles offrent des incitations telles que des allégements fiscaux, des réglementations simplifiées et des infrastructures aménagées pour attirer les investisseurs.
Les gouvernements africains, les investisseurs étrangers et les organisations multilatérales sont tous des acteurs clés. Les investisseurs proviennent de pays comme la Chine, l’Europe et l’Inde. Parmi les organisations multilatérales, on compte la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Elles espèrent que ces zones contribueront à la transformation des économies. En 2022, plus de 230 ZES opèrent dans 47 pays africains. Beaucoup d’autres sont en phase de planification. On présente souvent ces zones comme l’avenir de l’industrie africaine.
L’attrait et la réalité : des fondations fragiles
L’Afrique abrite plus de 230 zones économiques spéciales (ZES) opérationnelles. Ce chiffre provient du Rapport sur l’investissement dans le monde 2022 de la CNUCED. Les décideurs politiques considèrent souvent les ZES comme une solution toute trouvée. Ils croient que ces zones favoriseront l’industrialisation, créeront de nombreux emplois et diversifieront les marchés d’exportation.
Cette vision occulte souvent d’importantes lacunes de mise en œuvre. De nombreuses zones restent sous-utilisées. Elles ne parviennent pas non plus à atteindre les objectifs qu’elles se sont fixés. En réalité, le succès n’est pas universel.
Seulement environ 20 % des ZES africaines connaissent un succès total ou modéré. C’est ce qu’a révélé une étude de 2020 de la Banque africaine de développement (BAD). Les 80 % restants rencontrent des difficultés. Elles sont confrontées à des défis tels que de faibles taux d’occupation, des investissements limités ou des problèmes opérationnels persistants. Cela révèle un fossé important entre l’espoir et la réalité.
Prenons le Nigeria, par exemple. Il compte plus de 30 ZES officiellement reconnues. Pourtant, beaucoup sont largement sous-développées et restent largement inactives. La zone franche de Calabar, établie en 1996, a attiré des investissements. Son impact plus large sur l’industrie locale reste limité. C’est ce qu’indique un rapport de 2019 de la Nigerian Export Processing Zones Authority (NEPZA).
Établie en 1996, la zone franche de Calabar au Nigeria illustre la réalité mitigée des zones économiques africaines : si elle a attiré des investissements, son impact plus large sur l'industrie locale reste limité. (Source : nigeriahousingmarket.com)
Infrastructures et gouvernance : les obstacles invisibles
Le parc industriel d’Hawassa en Éthiopie, ouvert en 2017, a rapidement attiré d’importants investisseurs du secteur du textile et de l’habillement. Cette réussite, dotée d’un système de “zéro rejet liquide”, démontre le potentiel des zones bien gérées. Elles peuvent fournir des infrastructures de classe mondiale à l’intérieur de leurs frontières.
Le véritable défi se situe souvent en dehors de la zone. Des infrastructures externes médiocres et une gouvernance instable compromettent considérablement même les parcs les mieux conçus. Les bons systèmes internes sont souvent compromis par les coûts logistiques externes et les retards.
Hailemariam Ayalew, ancien PDG de l’Industrial Parks Development Corporation (IPDC) d’Éthiopie, a souligné en 2021 qu’un approvisionnement fiable en électricité et de bons réseaux routiers vers les ports sont essentiels. Sans ces éléments de base, les avantages offerts par les zones elles-mêmes diminuent. Les marchandises ne peuvent tout simplement pas circuler efficacement.
Une étude de la Banque mondiale en 2023 a mis en évidence ce problème. Elle a révélé que la mauvaise qualité des réseaux routiers et une congestion portuaire constante peuvent augmenter les coûts logistiques jusqu’à 30 %. Cela se produit dans de nombreux pays africains. Cela érode directement tout avantage concurrentiel que les ZES tentent de créer pour les entreprises.
De plus, l’instabilité politique et la corruption effraient les investisseurs à long terme. Une enquête de 2021 de l’Economist Intelligence Unit a révélé que le risque politique constituait une préoccupation majeure pour les entreprises souhaitant investir en Afrique. Les ZES du Zimbabwe, par exemple, ont eu du mal à prendre leur envol en raison de la volatilité monétaire et des fréquents changements de politique.
Déficits de compétences et liens locaux : des racines peu profondes
La zone économique spéciale de Dongo Kundu au Kenya, lancée en 2018, vise à créer 100 000 emplois. Les ZES sont largement promues comme de véritables moteurs de création d’emplois. Elles sont censées favoriser l’intégration de la population jeune en croissance rapide de l’Afrique sur le marché de l’emploi formel.
Certes, des emplois sont créés, mais ils restent souvent dans des secteurs peu qualifiés. De plus, ces zones agissent fréquemment comme des îles économiques. Elles n’établissent qu’une connexion minimale avec l’économie locale environnante. Cela limite leur impact plus large.
Un rapport de la CNUCED de 2020 sur les ZES africaines a indiqué que de nombreux investissements se concentrent sur l’assemblage de base ou la fabrication de vêtements. Ces secteurs emploient généralement beaucoup de monde. Mais ils offrent des opportunités limitées de montée en compétences ou de transfert de technologie aux entreprises locales. Cela freine une véritable transformation industrielle.
Le parc industriel d'Hawassa en Éthiopie, ouvert en 2017, est un modèle de développement durable en Afrique, doté d'un système de "zéro rejet liquide" qui recycle 90 % de son eau. Ce parc a rapidement attiré d'importants investisseurs du secteur du textile et de l'habillement, démontrant le potentiel des zones économiques bien gérées. (Source : en.wikipedia.org)
L’île Maurice, pionnière dans la mise en place de zones franches d’exportation (ZFE, un type de ZES), a connu un succès précoce dans son industrie textile. Cela a créé de nombreux emplois. Une analyse de 2019 de l’Economic Development Board de Maurice a révélé un défi persistant : la montée en gamme. Le développement de la conception locale ou l’établissement de liens solides avec les fournisseurs de textiles locaux restait limité. Les avantages sont restés majoritairement à l’intérieur de la zone.
Le professeur Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, a constamment souligné la nécessité de politiques de contenu local. Il soutient que sans efforts délibérés, les zones risquent de devenir de simples sites de production délocalisés. Elles ne favoriseront pas véritablement un développement industriel plus large et inclusif.
La voie à suivre : une approche stratégique plutôt qu’un déploiement tous azimuts
Le port Tanger Med du Maroc et sa plateforme industrielle intégrée ont attiré plus de 1 000 entreprises depuis 2007. De telles zones très réussies incitent souvent à penser que le concept fonctionne partout. Beaucoup en concluent que la reproduction de ces succès ne requiert que de la volonté politique et des investissements.
Mais le succès ne se copie pas facilement d’un endroit à l’autre. Il nécessite un mélange spécifique de facteurs. Une approche stratégique, et non pas dispersée, est essentielle pour que ces initiatives fonctionnent. Copier un modèle sans l’adapter conduit souvent à l’échec.
Tanger Med bénéficie énormément de sa situation géographique, proche des marchés européens. Il a également bénéficié d’investissements publics massifs dans des infrastructures multimodales. Cela inclut de solides installations portuaires, de vastes autoroutes et des liaisons ferroviaires efficaces. Ce sont des investissements complexes et à grande échelle qui ne sont pas aisément reproductibles dans d’autres nations africaines.
La Dre Vera Songwe, ancienne secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, a plaidé pour une approche plus ciblée. Elle propose d’établir “quelques zones sectorielles bien conçues et mises en œuvre”. Elle s’oppose fermement au lancement de nombreuses zones sans planification adéquate, ressources suffisantes ou demande de marché avérée. La qualité doit primer sur la quantité.
L’avenir des zones économiques africaines n’est ni uniformément radieux ni sombre. Il dépend de la capacité des gouvernements à aller au-delà de la simple délimitation de zones sur papier. Ils doivent se concentrer sur des investissements profonds et ciblés dans les infrastructures de soutien. Cela signifie assurer une alimentation électrique fiable, une logistique efficace et une main-d’œuvre véritablement qualifiée avant le lancement de la zone. Cela signifie également établir des liens solides avec les industries nationales. Ce n’est qu’alors que les zones pourront véritablement promouvoir une croissance industrielle durable et inclusive.
Le port Tanger Med du Maroc, une plateforme industrielle intégrée, a attiré plus de 1 000 entreprises depuis 2007, démontrant le succès d'un investissement stratégique dans les infrastructures multimodales et la proximité des marchés européens. (Source : atalayar.com)
FAQ
Qu’est-ce qu’une zone économique africaine ? Une zone économique africaine est une zone spécifiquement délimitée au sein d’un pays. Elle offre des incitations spéciales comme des allégements fiscaux, des douanes simplifiées et des infrastructures pour attirer les investissements. L’objectif principal est généralement de stimuler l’industrialisation et les exportations.
Combien de zones économiques y a-t-il en Afrique ? En 2022, plus de 230 zones économiques spéciales (ZES) opèrent dans 47 pays africains. Beaucoup d’autres sont actuellement en cours de planification ou de développement.
Quels sont les plus grands défis auxquels ces zones sont confrontées ? Les défis majeurs incluent des infrastructures externes médiocres, une gouvernance incohérente, une inadéquation des compétences dans la main-d’œuvre et des liens limités avec les économies locales. De nombreuses zones souffrent également de faibles taux d’occupation et de sous-performance.
Quels pays africains ont des zones économiques réussies ? Des pays comme le Maroc (Tanger Med), l’Éthiopie (parc industriel d’Hawassa) et l’île Maurice ont enregistré des succès notables. Leurs zones bénéficient souvent d’un fort engagement gouvernemental, d’une bonne localisation et d’une orientation sectorielle ciblée.
Le port franc de Maurice, un élément clé du succès économique de la nation insulaire, sert de centre logistique, de distribution et de commercialisation hors taxes pour les marchandises destinées aux marchés régionaux et internationaux. (Source : oramacorporate.com)
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